
Première Guerre Mondiale
Lorsqu’il est érigé en 1921 square La Fontaine – actuel square de la Libération, le monument aux morts vise à honorer les soldats vairois décédés en 14-18. En élevant un mémorial aux lendemains de la Grande Guerre, notre ville ne fait pas figure d’exception.

Dès la fin du conflit et surtout entre 1920 et 1922, la plupart des communes de France se dotent d’un ouvrage destiné à rendre hommage au 1,3 million de soldats français tués sur le champ de bataille. En quelques années, plus de 35000 monuments commémoratifs sont construits. Les villes peuvent être aidées par l’État, qui leur accorde des subventions par la loi du 25 octobre 1919, mais les conditions d’application de ce principe ne sont pas connues avant septembre 1920 et les sommes peuvent s’avérer modestes. Il faut donc généralement trouver d’autres moyens de financement.
Le projet d’un monument germe à Vaires fin 1919 peu avant les élections municipales, à la suite desquelles ce dernier sera entériné. La commune porte alors sa participation à 4000 francs. Une souscription publique est ensuite mise en place, qui s’élève à 5000 fr en août 1920. Les communes peuvent choisir un modèle dans les catalogues proposés par des firmes spécialisées aux prix bas ou en s'adressant directement à des artisans locaux ou à des artistes renommés.

À Vaires, le comité pilotant le projet décide, le 25 septembre 1920, d’ouvrir un concours entre architectes et sculpteurs de la région. Ils ont jusqu’au 30 novembre pour présenter un devis et une maquette, le prix du monument tout posé ne devant pas dépasser 15800 francs. Deux des six projets adressés à la mairie retiennent l’attention : ceux des sculpteurs R.Delandre et E.L’Hoëst. Ce dernier remporte le concours le 11 novembre 1920. Cependant, la somme envisagée au départ n’est pas encore atteinte, malgré les 3400 fr de souscription publique supplémentaires et les 600 fr de l’État, à ajouter aux 9000 déjà récoltés. Il manque donc un peu plus de 2000 fr. Une quête est alors organisée, qui réunira 550 fr seulement, mais le sculpteur Eugène L’Hoëst consent à livrer le monument pour 13500 fr, pose comprise.

Il s’exécute après signature du contrat le 11 janvier 1921. Le monument est inauguré le 10 juillet de la même année à l’emplacement que nous lui connaissons aujourd’hui.

Le choix du square La Fontaine avait été arrêté par les promoteurs Bernheim, alors propriétaires du lotissement, et l’ensemble paysager est finement étudié. La sculpture, intitulée «L’Hommage aux Héros» est réalisée en pierre d’Euville (Meuse), et sa forme est en accord avec les codes de l’époque. Il s’agit d’un obélisque tronqué reposant sur un piédestal en guise de socle, contre lequel apparaît une statue en haut-relief. Celle-ci constitue une allégorie du deuil, portée par une femme au visage grave et incliné, tenant une gerbe de fleurs qu’elle s’apprête à déposer sur la tombe d’un soldat symbolisée par une croix flanquée d’un casque. L’inscription «Aux enfants de Vaires morts pour la France – 1914 1918» surmonte les noms, gravés sur le socle, des 40 Vairois tombés lors de la guerre. Parmi eux : Paul Algis, conseiller municipal. Sur la bordure du parterre au milieu duquel se trouve le monument, on peut lire : «Bella matribus detestata». Locution latine qui signifie : «Les guerres, exécrées des mères».

Seconde Guerre mondiale
Sur une décision prise en 1947, une sobre dalle en pierre gravée est posée au pied du monument aux morts, venant tristement le compléter en avril 1949, soit 5 ans après le premier bombardement ayant touché Vaires. Aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, la majorité des communes françaises – environ 30 000 – choisit d’ailleurs de n’ajouter qu’une plaque au monument de 14-18, et d’y inscrire les noms des nouveaux «Morts pour la France». À Vaires, de même qu’en 1921, il est décidé de ne pas donner d’autre information que le patronyme et l’initiale du prénom de chacune des 56 victimes mentionnées. Sont gravés dans la pierre les noms des militaires morts au combat, mais également de ceux des civils fusillés, déportés, ou victimes des bombardements. On lit par exemple le nom de Roger Sauvage, jeune sergent vairois de 24 ans tué en Moselle le 16 juin 1940. Ou encore celui de la résistante Marie Jorand, déportée en 1944 et morte en 1947 des traitements qui lui ont été infligés durant sa déportation.

Marie Jorand
Les monuments aux morts érigés à la suite de la Seconde Guerre mondiale en France mettent généralement en avant l’histoire des résistants. C’est ce que suggère d’ailleurs l’affichage d’une plaque reproduisant le texte intégral de l’appel du 18 juin 1940, sur le pan d’un muret avoisinant l’ouvrage vairois. Mais ni les exécutions pour faits de Résistance, ni les bombardements, ni les déportations ne sont mentionnés.

La mémoire de la Shoah n’est pas immédiatement évoquée en tant que telle, même si les noms de personnes juives déportées et mortes dans les camps sont inscrits. Il en va de même pour l’histoire plus générale de la déportation. Il faudra attendre les années 50 pour que commencent à apparaître des mémoriaux affectés à l’histoire juive. Le Mémorial du Martyr juif inconnu, construit de 1953 à 1956, en est un exemple.

Le monument vairois évoque le souvenir de différentes familles (Bernstein, Brisack ou encore Fleischmann), au milieu des noms de victimes civiles autres. Un problème se pose à l’échelle de la France : pour qu’un nom soit gravé sur un monument, l’armée doit notifier le maire de la disparition d’un de ses administrés, comme en 14-18. Concernant les déportés – juifs ou résistants, l’armée ne peut agir car elle n'est pas au courant de ces disparitions. Il faut par conséquent que la famille s’en charge, mais parfois, tous les membres sont morts. Et les autres habitants de la commune ne connaissent pas toujours les victimes. Des noms manquent ainsi sur de nombreux monuments, et il faut espérer que ce ne soit pas le cas à Vaires.
« Morts pour la France »
Cette mention est instituée l’été 1915 et modifiée en 1922, avec effet rétroactif pour le début du conflit. Elle a pour but d’honorer la mémoire des combattants et des victimes de la guerre. Tout acte officiel notifiant le décès d’un militaire ou civil tué à l’ennemi ou mort dans une situation liée à la guerre doit porter cette mention après avis favorable de l’autorité ministérielle. La nationalité française est exigée pour les victimes civiles mais ne l’est pas pour les membres des forces armées. Sont également concernés les ressortissants « de l’Algérie, des colonies ou pays de protectorat et les engagés au titre étranger », tués dans les mêmes circonstances. La Seconde Guerre mondiale voyant se multiplier les différentes circonstances ayant amené la mort, une ordonnance de novembre 1945 élargit le champ des victimes dont l’acte de décès doit présenter cette mention. Ce texte n’a pas été modifié depuis lors.