24 Sep
LES CITÉS-JARDINS : le cas de l'Île-de-France

En région parisienne, les cités-jardins sont conçues pour permettre la réorganisation ou la planification de la banlieue, mais aussi pour servir de vecteur à l'intervention publique en matière de logement social. Diverses expériences pionnières ont lieu au début du XXe siècle, notamment à Draveil avec la cité Paris-Jardins. Mais c’est le « concours des Cités-Jardins » organisé en 1911 par le comité de patronage des Habitations à bon marché (HBM) de la Seine qui lance véritablement le mouvement. 

Affiche promouvant Paris-Jardins, la première cité-jardin d'Île-de-France, réalisée par l'architecte Jean Walter dans le parc du château de Draveil en 1911. À l'origine de ce projet : employés, ouvriers, artisans et architectes partageant des idéaux communs de coopération et désireux de créer leur cité sans intermédiaire ni spéculation

L'exigence première est alors d'assurer hygiène et salubrité. En effet, la crise du logement ainsi que la tuberculose, qui est particulièrement virulente depuis la fin du XIXe siècle, légitiment l’action publique en matière d’hygiénisme. Le logement social en devient l’outil privilégié. 12000 victimes annuelles de la tuberculose sont estimées à Paris dans les années 1910, principalement parmi les populations les plus fragiles (enfants, personnes âgées, malades chroniques, foyers modestes). Cette maladie est considérée alors comme une maladie sociale, autrement dit à causes sociétales, dont les répercussions sont estimées plus dangereuses pour la collectivité que pour les individus, et contre laquelle il faut rechercher des moyens de défense collectifs.

Affiche de 1917 établie dans le cadre d'une campagne de prévention contre la tuberculose. Source : BDIC, Nanterre

C'est dans ce contexte qu'un dispositif législatif renforçant les mesures hygiénistes et philanthropiques déjà existantes vient encourager les opérations de logements économiques. La loi Bonnevay (1912), en particulier, autorise la création d’offices publics d’habitation à bon marché (OPHBM). Son administrateur, Henri Sellier, grand promoteur des cités-jardins, fonde celui du département de la Seine en 1915.

Henri Sellier, 1926. Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France, fonds de l’Agence ROL.

 Il décide d’implanter à Suresnes, dont il est maire, une cité-jardin, « ville moderne » qu'il veut exemplaire. Ce quartier, construit de 1918 à 1956, comme beaucoup d’autres cités édifiées en Île-de-France à cette période, comprend des immeubles collectifs, des pavillons et des équipements publics d’éducation, d’hygiène, d’aide sociale, de sport ou de loisirs. Le soin porté aux places, aux jardins et aux lieux collectifs offre un paysage urbain novateur se démarquant à la fois des jardins privatifs et des espaces publics habituels.

Cité-jardin de Suresnes, groupe d’habitations pour familles nombreuses, dessin de l’architecte Alexandre Maistrasse, 1919. Source : musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes (MUS)

La guerre signe l'arrêt des chantiers, mais ce temps est mis à profit par l’OPHBM pour acquérir des terrains dans toute la « Seine-banlieue » (département de la Seine hors Paris). En 1919, il possède plus de 200 hectares de terrains qui présentent des caractéristiques variables en superficie, dénivelé et localisation, mais se trouvant toujours à proximité des bassins d’emplois ou des réseaux de transports. Une fois la guerre finie, la pratique de l’urbanisme s’impose comme une évidence, en particulier pour la reconstruction des régions sinistrées. Le concours pour le plan d’aménagement et d’extension de Paris en 1919 voit ainsi fleurir parmi les lauréats de nombreuses cités-jardins.

Habitations à bon marché du département de la Seine (cités-jardins et maisons ouvrières). Source : musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes (MUS)

Dans cet après-guerre, des offices municipaux se lancent aussi dans leurs projets : l’Office de Paris acquiert notamment d'anciens terrains de "fortifs" démilitarisés. Mais dans la capitale, la cité-jardins est exclue du fait de sa trop faible densité. Seuls quelques rares terrains peu constructibles s’y prêtent, tel celui de La Campagne à Paris (porte de Bagnolet). Au même moment, l’Office de la Seine lance de nombreux chantiers de cités-jardins, sur les terrains acquis les années passées, à Dugny, Drancy, Nanterre, Cachan, Arcueil, Bagnolet, Champigny-sur-Marne, Gennevilliers, Stains ou encore aux Lilas, sans compter le chantier de Suresnes. 

La cité-jardin de la Muette est la deuxième à avoir été conçue à Drancy. Construction entre 1930 et 1932. Architectes : Eugène Beaudouin et Marcel Lods

Une génération d’architectes, tous révélés à l’occasion du concours de la Ville de Paris avant-guerre, invente la cité-jardin à la française. Ils se défont progressivement de l’influence pittoresque anglaise au cours des années 1920, tout en innovant en termes de matériaux et de préfabrication. L'engouement dont bénéficient les cités-jardins est alors à son comble, notamment grâce aux initiatives privées qui, par le biais de sociétés anonymes, réalisent des programmes modestes. 

Quant aux différentes compagnies de chemin de fer, elles achètent des terrains en Île-de-France à partir des années 1920 et quelques cités-jardins voient le jour, à Mitry-Mory, Vaires, Brou-Chelles, Trappes ou encore Montgeron, pour les plus notables.

La cité du Nord de Mitry-Mory, construite entre 1925 et 1933 par la Compagnie des chemins de fer du Nord

La cité-jardin de Montgeron (dite du Moulin de Senlis) a été construite pour les employés et ouvriers de la compagnie de chemin de fer PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) entre 1929 et 1933 puis rapidement cédée à l'OPHBM de Seine-et-Oise.

Cité dite des Dents de Scie, à Trappes, construite de 1926 à 1931 par l'architecte Henri Gutton et son fils André. source : base Mérimée

Cité ouvrière Les Dents de Scie

La crise économique de 1929 marque un tournant. Le collectif est dès lors privilégié et les programmes sont plus modestes. Les cités-jardins perdent de leiur attractivité malgré la loi Loucheur de 1928 établissant « un programme de construction d’HBM et de logements en vue de remédier à la crise de l’habitation ». La Seconde guerre mondiale marque un coût d’arrêt et au milieu des années 1950, le terme et la forme urbaine de la cité-jardin tombent en désuétude.

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