
En mars 1944, le triage de Vaires, situé sur les communes de Chelles, Brou et Vaires, est bombardé par les aviations anglaise et américaine. Ce site stratégique inauguré en 1930 est alors sous le contrôle de l’armée allemande. À partir de la mi-mars 1944 débute l’évacuation partielle des habitants des 3 communes dans un périmètre de 500 mètres autour des installations ferroviaires, conformément au souhait du commandement des armées alliées, afin de réduire les pertes humaines.

L'évacuation avant les bombardements, Vaires, mars 1944. Source : fonds de l'Agence Safara, album numéro 3 - La France pendant l'occupation allemande. Actualités janvier 1943 à juin 1945
Le 29 mars, 80 avions décollent depuis l’Angleterre vers le triage de Vaires. Les effets du bombardement sont amplifiés par l’explosion d’un train de munitions et d’un train d’essence. Après le Débarquement, d’autres bombardements ont lieu les 28 juin, 8 et 18 juillet 1944, dévastant encore plus la gare de triage et désorganisant l’armée allemande (1). Il s’agit pour les Alliés d’empêcher tout renfort en troupes et en matériels vers le front de
Normandie.


Le triage de Vaires et ses alentours en septembre 1944, dévastés après les bombardements
Leur précision est particulièrement remarquable (confirmée par des rapports de la Royal Air Force) et le succès militaire est réel puisque le triage n’est plus opérationnel. Les conséquences pour la population autour du triage sont cependant dramatiques et de nombreuses, maisons ou immeubles sont détruits. Les cités de Brou, de Vaires et de Chelles sont durement touchées. On y relève plus d’une centaine de morts et des dizaines de blessés. Les destructions s’étendent jusqu’au centre de Vaires, où une quinzaine d’habitants sont tués au total et 600 familles se retrouvent sinistrées. La commune recevra la croix de guerre en 1948.

La rue Jean Jaurès, à Vaires, aux lendemains des bombardements
Cette situation dramatique se retrouve aussi dans de très nombreuses villes françaises situées près des ports ou des grands complexes ferroviaires. On y dénombre en 1945 plus de 2 millions de sans logis.

Carte de sinistré délivrée en février 1945 à un habitant de la rue Waldeck Rousseau, à Vaires, non loin du triage
Le ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, Raoul Dautry, opte alors pour une solution nationale. Une ordonnance de 1945 prévoit, pour le relogement des sinistrés dans leur commune d’origine, l’édification d’abris à usage commercial ou d’habitation et la fabrication de mobiliers. Des maisons provisoires préfabriquées, plus communément appelées baraques ou baraquements, sont rapidement mises à leur disposition. On en dénombrera plus de 150 000 sur l’ensemble du territoire français. Elles ont vocation à durer une dizaine d’années, le temps de reconstruire les habitats détruits. Mais les habitants des baraquements s’attachent à leurs maisons, à leurs cités «provisoires» et résistent au changement. La perspective d’être relogés en appartement, à la «verticale», plutôt qu’à l’«horizontale» ne les enchante pas. Ils se sont habitués à avoir un petit jardin, une vraie vie de quartier et de communauté. Dans le même temps, les programmes de reconstruction prennent du retard.

Baraquement à Lisieux, en Normandie, entre 1946 et 1949. Source : AD14, Fonds Alcide Goupil
À Vaires, c’est dès 1944 que le général Hubert-Brierre, maire pendant la guerre et grand propriétaire terrien sur la commune, prête des terrains rue Henri Barbusse et rue des Acacias pour reloger les sinistrés. Une photo aérienne de 1949 montre l’existence d’une soixantaine de logements répartis sur ces deux rues. Ils abritent aussi l’école maternelle et l’économat de la SNCF. Après la guerre, ces baraquements laissent progressivement place à la construction de pavillons, mais à un rythme lent. En 1959, il subsiste 9 baraquements à usage d’habitation et 2 à usage scolaire rue Henri Barbusse, ainsi que 5 bâtiments à usage d’habitation rue des Acacias. Ce n’est finalement qu’en 1964 que les terrains sont découpés en lots et vendus.

Baraquements provisoires (dortoirs, cuisines et réfectoires) en septembre 1945

Photo aérienne de 1949 (IGN) où l'on voit, le long du bois de Vaires, les baraquements de l'avenue Henri Barbusse et de la rue des Acacias