
Albert GUILBERT

source : Le Gaulois du Dimanche, 1901
Albert-Désiré Guilbert naît le 10 mai 1866 à Pontoise dans une famille catholique – l’un de ses frères, l’abbé Louis Guilbert, sera d’ailleurs professeur au Petit séminaire de Versailles.
Il entre à l’École des beaux-arts de Paris en 1885 et est admis en première classe (dernier grade) en 1888.

Bulletin d'admission d'A. Guilbert aux Beaux-Arts en 1885
Élève de Jules André puis de Victor Laloux au sein de leurs ateliers, il se distingue en remportant le premier prix au concours Rougevin pour un projet de baptistère en 1891. Le Prix de Rome et les concours sont alors la clef de voûte de l’enseignement de l’architecture à l’École des Beaux-Arts de Paris.

Le directeur des Beaux-Arts soutient auprès du préfet de Versailles une demande de bourse à la faveur d'Albert Guilbert
Albert Guilbert obtient son diplôme d'architecte en 1892 et remporte le prix Destors de la Société centrale des architectes l’année suivante. Il obtiendra plus tard le prix Duc – en 1902 – décerné par l'Académie des beaux-arts.
Il commence sa carrière avec l’édification d'églises et de monuments académiques. Sa notoriété est assurée lorsqu’il réalise la chapelle Notre-Dame-de-Consolation, rue Jean-Goujon à Paris, sur l'emplacement du Bazar de la Charité, une fameuse vente de bienfaisance. Cette chapelle expiatoire est dédiée aux nombreuses victimes de l'incendie ayant ravagé le hangar abritant la vente le 4 mai 1897.

La première pierre de l'édifice religieux est posée un an jour pour jour après la tragédie, et est inauguré en 1900, le 4 mai une fois encore. Cette œuvre, inspirée du style Louis XVI, fait remporter à Albert Guilbert une médaille d'honneur à l’Exposition Universelle de 1900, et lorsque sera évoqué le nom de l’architecte, journalistes et autres auteurs ne manqueront pas de rappeler jusqu’à aujourd’hui cette réalisation de jeunesse ouvrant la voie à un parcours très éclectique.

La chapelle Notre-Dame de la Consolation, avant 1904
Rue Jean-Goujon, il réalise également la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, pour l’Église apostolique arménienne. Le milliardaire arménien Alexandre Mantacheff, ayant eu vent de l’œuvre du jeune architecte, décide de faire appel à lui en 1902 afin de doter les Arméniens de Paris d’un sanctuaire. Guilbert s’inspire de l’église de la Sainte-Croix d’Aghtamar, l’une des plus célèbres de l’empire ottoman. Le chantier se termine en octobre 1904.

L'église arménienne Saint-Jean-Baptiste, au début du XXe siècle
Sa renommée établie, Albert Guilbert se diversifie et réalise notamment des maisons et immeubles de rapport, des immeubles de commerce, des villas, des hôtels, des équipements scolaires, des logements sociaux, une caisse d’épargne, des tribunaux, des mairies, ou encore un abattoir, et il mène la restauration d’un château. Dans le cadre de travaux pour la Compagnie du PLM (Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée), Albert Guilbert travaille aussi de 1913 à 1914 à la reconstruction de l’hôtel Terminus à Marseille et à l’agrandissement de la gare Saint-Charles en 1922 – projet qu’il présente au Salon de 1921.
L’église de Vaires s’inscrit dans la longue liste des édifices religieux que continue de concevoir l’architecte, auteur d’une autre église Sainte-Jeanne-d’Arc, celle de Versailles, construite entre 1923 et 1926 et dont le plan est le même que celui de l’église de Domfront dans l’Orne, que Guilbert conçoit en béton armé et qui est construite de 1924 à 1926. Après la Première Guerre mondiale également, il fait ériger divers monuments aux morts, tel celui de Versailles commencé en 1923 et inauguré en 1924.

Reconnu dans le domaine de l’architecture, Albert Guilbert devient l’architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. Il se voit porter de nombreux titres et est décoré deux fois de la Légion d’Honneur : admis au grade de Chevalier en 1910 au titre de sa participation à l’Exposition franco-britannique de Londres en 1908, il est promu à celui d’Officier en 1937. Il est nommé expert à la Cour d’appel de Paris et au Tribunal civil de la Seine, et est membre du Conseil de l’Ordre des architectes en 1929 puis de 1934 à 1938.
Son travail ne se cantonne pas à la France. À Rio de Janeiro, alors capitale du Brésil, est prévue l’édification d’un grand théâtre dès le 19e siècle. Le projet de Guilbert est retenu avec celui du fils du maire de la ville. Le Théâtre Municipal de Rio, inauguré en 1909, résultera de la fusion des deux projets. Par ailleurs, Albert Guilbert est l’associé, du début des années 1900 jusqu’à 1927, de l'architecte argentin Eugenio Gantner, avec qui il a une agence à Buenos Aires.

Le théâtre municipal de Rio de Janeiro peu après son inauguration
L’un de ses fils, Jacques, né en 1900 et mort en 1948, fréquente lui aussi les Beaux-Arts (ateliers Laloux et Lemaresquier), puis étudie avec Auguste Perret dans l'atelier du Palais de bois. Il obtient avec ce dernier son diplôme d'architecte en 1930, mais collabore avec son père dès ses années d'école. Albert et Jacques Guilbert réaliseront ensemble les bâtiments de chimie et de sciences naturelles de l’École normale supérieure, rue Erasme, à Paris, de 1930 à 1937, mais aussi des sanatoriums à Berck en 1934, ainsi que les laboratoires de chimie et deux amphithéâtres du Collège de France de 1938 à 1946.

Etude en élévation du pavillon du Journal conçu pour l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris en 1925 par Albert Guilbert et son fils Jacques
Ces années-là, en 1934 plus précisément, Albert Guilbert participe au concours d’architecture pour l’établissement du Musée d’Art moderne de Paris, mais son projet ne sera pas retenu.
Après avoir œuvré plus de cinquante ans, l'architecte meurt le 13 mars 1949 à Paris et est inhumé le 16 au cimetière parisien de Bagneux.
Œuvres notables d’Albert Guilbert
- Chapelle Notre-Dame-de-la-Consolation, rue Jean-Goujon à Paris (1898-1900)
- Hôtel de la Caisse d’Épargne de Pontoise (1899-1900)
- Cathédrale Saint-Jean-Baptiste (Église arménienne), rue Jean-Goujon à Paris (1902-1904)
- Casino à Enghien-les-Bains (1908)
- Marché couvert à Soissons (1908)
- Théâtre Municipal de Rio de Janeiro (1909)
- Hôtel de ville de Dieppe (1910)
- Grand Hôtel au Mont-Revard, Aix-les-Bains (1911)
- Hôtel Paris-Lyon-Palace à Paris (1911-1913)
- Salle des fêtes à Pontoise (1913)
- Reconstruction de l'hôtel Terminus à Marseille (1913-1914)
- Reconstructions dans la Somme, après la guerre de 1914-1918
- Agrandissement de la gare Saint-Charles à Marseille (1922)
- Monument aux morts de Versailles (1922-1923)
- Église Sainte-Jeanne-d’Arc à Vaires-sur-Marne (1922-1924)
- Église Saint-Julien à Domfront, de style néo-byzantin (1924-1926).
- Église Sainte-Jeanne-d'Arc à Versailles (1924-1926).
- Bâtiments de chimie et de sciences naturelles de l’Ecole Normale Supérieure, à Paris (1930-1937)
- Sanatorium marin, sanatorium des sables, pour la Société des Grands sanatoria de Berck (1934)
- Laboratoires de chimie et amphithéâtres, au Collège de France à Paris (1938 à 1946)
- Entrepôts aéronautiques pour l’Armée de l’air (1940-1945)