24 Sep
LES BÂTISSEURS DE L'EGLISE SAINTE-JEANNE-D'ARC DE VAIRES : les ecclésiastiques (1)

Monseigneur Emmanuel MARBEAU

Monseigneur Marbeau évêque de Meaux - Photographe Ernest Pierre Henri Miguel Machard – Source : Imagesdéfense.gouv.fr

Celui qui sera l’évêque de Meaux à l’aube de la Première Guerre mondiale, et qui s’illustrera particulièrement au moment de la bataille de la Marne, naît dans une famille bourgeoise et catholique le 12 novembre 1844 à Paris, rue de la Vrillière. Son père, Jean Pierre Désiré, est un négociant originaire de Brive-la-Gaillarde et le frère de Firmin Marbeau, le fondateur de la première crèche de France. Cette crèche naît d’ailleurs le même jour que le futur évêque, dont la devise sera plus tard marquée de ce lien à l’Enfance : « Venite ad me omnes, sinite parvulos venire » (venez tous à moi, laissez venir les petits enfants). Par la branche maternelle, Emmanuel Marbeau est l’arrière petit-fils de Marc-Étienne Quatremère, un marchand de draps engagé dans le mouvement janséniste guillotiné le 21 janvier 1794. De cet aïeul, l’évêque de Meaux gardera précieusement, exposé à l’évêché, un portrait de famille peint par Nicolas-Bernard Lépicié (donné ensuite au Louvre par son petit-neveu en 2002). Emmanuel Marbeau est le troisième d’une fratrie composée de quatre frères, un autre enfant étant mort en bas âge.

Portrait de Quatremère et de sa famille par Nicolas-Bernard Lépicié, 1780 (Musée du Louvre - Département des Peintures) © 2015 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Chacun s’illustrera par ailleurs dans des domaines différents : l’aîné, Désiré-Henry, né en 1835, deviendra un industriel de renom ; Paul Gabriel, né en 1843, sera architecte ; Emmanuel Jules Marie deviendra l’homme d’église que nous connaissons ; le benjamin, Édouard, né en 1847, sera, parmi une liste considérable de titres divers, le maire de Meudon de 1892 à 1908, et on le nommera Officier de la Légion d’Honneur en 1937 en raison de nombreux états de service. C’est d’ailleurs lui qui décorera son frère, l’évêque de Meaux, de la Légion d’Honneur en décembre 1920. 

Armoiries de Mgr Marbeau, imprimée sur une carte de prière

Le père d’Emmanuel Marbeau meurt alors que ce dernier n’a que 6 ans. C’est la mère, Cornélie Marie Jannon, qui seule assure l’éducation de son fils. Très pieuse, elle place son fils au collège jésuite de l’Immaculée-Conception à Vaugirard en 1855, où l’enfant se lie d’amitié avec Henri Odelin, futur vicaire général de Paris, et où naîtra sa vocation. Cornélie Marbeau considérant que son fils n’est pas encore prêt, ce dernier fait sa première communion en 1857 avec une année de retard, tout comme il ne lui pas permis immédiatement de suivre sa vocation et d’entrer au séminaire à sa sortie du collège.

C’est ainsi qu’Emmanuel Marbeau suit d’abord des cours de droit avant d’aller chez les frères Rédemptoristes d’Avon le 24 octobre 1864 pour y suivre une retraite. Il entre ensuite à l’automne 1866 au séminaire Saint-Sulpice.

L'ancien séminaire Saint-Sulpice - début du XXe siècle

Le 22 mai 1869, à l’instar d’autres séminaristes, il se présente devant l’archevêque de Paris, Monseigneur Darboy, et est promu à l’ordre du sous-diaconat. Cette ordination le place irrévocablement au service de l’Église. Surpris à l’été 1870 par la guerre qui éclate, alors qu’il est chez ses cousins en province, Emmanuel Marbeau ne pourra retourner à Saint-Sulpice qu’au début de l’année 1871 afin de préparer son ordination sacerdotale.  

Mais dans le contexte de la Commune, les supérieurs de Saint-Sulpice ordonnent à tous les séminaristes de quitter Paris en mars 1871. C’est ainsi qu’Emmanuel Marbeau est ordonné prêtre dans la cathédrale d’Orléans, le 3 juin 1871, alors que vient de se dérouler à Paris la dite « Semaine sanglante », et après l’arrestation et l’exécution de plusieurs ecclésiastiques, tel Monseigneur Darboy.

NUMA fils, "Vue de l'incendie de Paris" - © Saint-Denis, musée d'art et d'histoire - Cliché I. Andréani C 490.7

Le jeune prêtre rentre à Paris et devient vicaire de Saint-Germain de Charonne, avant d’être nommé le 1er octobre 1871 vicaire à Saint-Roch, où sa popularité grandit rapidement. Il s’occupe du catéchisme et se montre particulièrement attentif à celui des jeunes filles, qu’il souhaite voir davantage au premier plan. Il joue un grand rôle dès le début de son sacerdoce dans les organisations charitables, entreprenant un grand travail social. En 1875, la Société des crèches créée par son oncle le déléguera même au Congrès des œuvres ouvrières catholiques à Lyon afin qu’il y expose les principes de l’institution.  

Le 19 janvier 1885, il est nommé vicaire à Saint-Pierre de Chaillot, où sa réputation l’a précédé. Il y fait bâtir, à l’aide de son frère Paul, architecte, une chapelle dédiée à Notre-Dame-des-Victoires bénie en 1886.

Délégué le 5 décembre 1888 comme administrateur puis nommé en février 1889 curé à Saint-Honoré d’Eylau, l’abbé Marbeau met sa paroisse sous la protection de Notre-Dame-des-Victoires.

L'église Saint-Honoré d'Eylau au début du XXe siècle

Il fait construire, avec son frère une fois encore, la chapelle Notre-Dame sur un terrain qu’il a acheté, ainsi qu’un bâtiment avenue Malakoff (aujourd’hui avenue Raymond Poincaré) destiné à recevoir les élèves de l’école primaire et du Cours professionnel pour jeunes filles, tenu par la Communauté des Filles de la Sagesse. Ces constructions constituent le cœur de la Cité Paroissiale de Saint-Honoré (aujourd’hui nouvelle église Saint-Honoré d’Eylau), terminée en 1896 pour répondre aux besoins d’une paroisse dont l’église est insuffisante et pour abriter les œuvres d’enseignement et d’assistance de l’abbé Marbeau.

La chapelle Notre-Dame au début du XXe siècle

Tout en continuant d’officier dans sa paroisse, ce dernier devient chanoine honoraire de Paris à partir du 19 janvier 1901 sur nomination du cardinal Richard, qui donnera son nom au pape pour qu’il en fasse un évêque. Dans sa première promotion épiscopale, le pape Pie X désigne donc Emmanuel Marbeau en février 1906 pour l’évêché de Digne, toutefois le curé de Saint-Honoré d’Eylau – qui vient de publier le Paroissial des fidèles complétant sa Collection paroissiale – demande au pape de reporter sa nomination, soucieux de terminer ses œuvres dans sa paroisse. C’est chose faite, mais le 24 janvier 1910, le service d'information du Vatican publie dans l’« Osservatore Romano » l’annonce officielle de sa nomination comme évêque de Meaux. Il remplace ainsi Monseigneur de Briey, récemment décédé. Avant même de recevoir la consécration épiscopale le 3 mai suivant, Monseigneur Marbeau envoie fin janvier aux vicaires capitulaires de son diocèse une offrande pour la souscription qu’il les invite à ouvrir en faveur des sinistrés des récentes crues de la Seine et de la Marne.

Au début de la Première Guerre mondiale, il ne fuit pas la ville de Meaux, vidée cependant de bon nombre de ses habitants (2 000 des 14 000 restent) et d’une grande partie de ses autorités dès le 1er septembre 1914 en raison de l’avancée des troupes allemandes : seuls deux conseillers municipaux ont choisi de demeurer à leur poste. Tous les services (eau, gaz, voirie) sont laissés à l’abandon, il n’y a plus de police. Monseigneur Marbeau crée alors un Comité municipal le 4 septembre 1914, et il organise la récupération puis la distribution des produits alimentaires. Le Comité accueille les blessés qui affluent des champs de bataille au nord de Meaux, malgré le bombardement de la ville. Le petit séminaire et l’hôpital sont mis à contribution avec l’aide de bénévoles, faute de personnel médical. Lorsque la bataille de la Marne s’achève le 11 septembre, l’évêque se rend dans plusieurs villages, tels que Barcy, Varreddes ou encore Lizy, pour s’enquérir des habitants et les secourir. Dès lors, il commémorera la bataille. Le 5 septembre 1915 a lieu, dans la cathédrale de Meaux, la célébration du premier anniversaire de la bataille. L’évêque de Meaux organisera ensuite, le 9 septembre 1915, un pèlerinage à Barcy pour y célébrer le « Miracle de la Marne ». Ses écrits de l’époque sont aussi publiés sous le titre Avant, pendant et après la bataille de la Marne : souvenirs de Meaux, en 1915.

Visite de Marbeau à Barcy - source : médiathèque Luxembourg

Durant la guerre, Monseigneur Marbeau devient également l’un des premiers soutiens et promoteurs du scoutisme français, sur impulsion de l’abbé Cornette, vicaire à Saint-Honoré d’Eylau, dès 1916. La même année, il fait paraître Le Pape, ouvrage pastoral destiné à ses diocésains pour leur rappeler les actes et paroles du pontife en faveur de la France.

Fin 1920, l’évêque est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur car« Par son attitude digne et son courage, il a contribué au maintien du moral de la population meldoise pendant les journées d’occupation ». Le 26 juin 1921 est fêté son jubilé épiscopal, et à l’occasion duquel, souffrant et ne pouvant participer aux célébrations, l’évêque écrit une lettre à ses paroissiens qui sera lue par l’abbé Bléry. Monseigneur Marbeau s’éteint à Meaux quelques jours après, le 31 mai 1921.

 

Meaux – Anniversaire de la bataille de la Marne - Mgr Marbeau bénissant la foule à la sortie de la cathédrale - 1920 - Agence Meurisse

Parmi les dernières œuvres de sa vie, le projet d’édification de l’église de Vaires s’accompagne de celui de l’élévation du monument de Barcy – baptisé Notre-Dame de la Marne. Lui aussi est né d’un vœu exprimé par l’évêque, le 8 septembre 1914, dans la cathédrale de Meaux, d’édifier un monument de reconnaissance si la bataille de la Marne se soldait par une victoire française, afin que sa ville soit épargnée. Mais tout comme l’église Sainte-Jeanne-d’Arc, le monument de Barcy sera inauguré en 1924, bien après la mort de Monseigneur Marbeau. Sachant l’importance revêtue par ces deux œuvres aux yeux de l’évêque, et obéissant à ses vœux, son frère Édouard s’assurera de leur réalisation.


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