25 Sep
LE SPORT À VAIRES À LA BELLE ÉPOQUE (1900-1914) : le tir et la gymnastique

Dénommée ville « ludique et sportive » en 2014, puis « active et sportive » en 2017, Vaires-sur-Marne est devenue « Terre de Jeux 2024 ». Assurément, ces labels montrent que notre ville fait de la pratique sportive une partie de son identité. L’histoire du sport à Vaires est inhérente à son développement urbain et démographique, et remonte au début du XXe siècle.

Lorsqu’en 1911, la localité de Vaires nouvellement aménagée est rebaptisée officiellement Vaires-sur-Marne, l’attrait pour les bords de la rivière n’est plus à susciter. La Belle Époque est à son apogée et son évocation s’accompagne d’une multitude d’images de baigneurs, canotiers et autres pêcheurs, dont notre ville a fait sa renommée. Cette douceur de vivre semble constituer alors l’essentiel de l’univers des loisirs et des sports. Mais la Belle Époque s’ancre aussi dans un long entre-deux-guerres, allant du conflit de 1870 à la Première Guerre mondiale. Une lente mais sûre militarisation civique de la société s’opère, impactant les esprits mais aussi les pratiques, notamment sportives.

C’est dans ce contexte que deux disciplines font leur apparition dans notre ville comme dans l’ensemble de la France : le tir et la gymnastique. Leur dimension militaire est fondamentale pour contribuer à faire des citoyens français des soldats en puissance. Toutefois, l’importance donnée à ces disciplines n’a pas totalement fait ombrage aux autres, telles que la boxe ou le cyclisme, alors très en vogue au début du XXe siècle.

Si Vaires attend 1930 pour se doter d’une section de gymnastique à part entière, la Société amicale de tir de Brou-Vaires et du Petit-Chelles, elle, naît en 1902 à l’initiative des instituteurs de Vaires et de Brou, à destination de leurs élèves. Ce n’est pas surprenant car le 27 juillet 1882 un décret fait du tir une discipline scolaire obligatoire pour les garçons dans l'enseignement primaire à l’échelle nationale, deux ans après une loi rendant la gymnastique elle aussi obligatoire dans tous les établissements publics de garçons. Les deux hommes anticipent sans le savoir une circulaire de 1907 où il est recommandé aux instituteurs « de procéder à la création de petites sociétés scolaires de tir et d'y ajouter une section post-scolaire destinée à assurer la continuation des exercices dans les sociétés jusqu'au service militaire et même après […] ».

Jeunes gens et adultes peuvent s’affilier dès 1904, à la suite de quoi deux stands sont inaugurés en grande pompe : l’un en 1905 à Brou, qui laissera place à l’autre, édifié à Vaires en 1909 sur un terrain loué pour 20 ans le long du cimetière et inauguré le 9 octobre 1910. La société est financée par ses membres1 mais aussi subventionnée par les municipalités2. En 1914, elle s’allie à la société de gymnastique de Torcy pour assurer la préparation militaire après l’ouverture en 1913 d’une section y étant dédiée. 7 cibles permettant de tirer au fusil3 à 25m et à la carabine à 15m équipent le stand de tir.

Le stand de tir vairois

Les festivités

De nombreuses fêtes sont organisées en marge des concours et compétitions. Dès 1904, la Société de tir donne chaque année, sauf en 1912, une Fête du Drapeau, occasion solennelle aux relents patriotiques de promouvoir le tir tout en célébrant la nation dans un esprit de revanche propre à l’époque, agrémentée d’une animation festive avec fanfare, cortège, concerts et bals. Mais un événement semble se distinguer, tant sur le plan médiatique que politique et immobilier : la Fête de gymnastique du 10 août 1913. L’occasion est donnée de porter haut l’étendard de la ville, qui se fait alors la vitrine de la société immobilière Bernheim dont le premier lotissement vairois a été projeté fin 1908. Le Journal de Seine-et-Marne appuie cette publicité en versant dans le dithyrambe : « Vaires-sur-Marne est un véritable éden : il suffit qu’une fête y soit organisée pour que cette manifestation […] soit couronnée d’un succès merveilleux » bien qu’on note une affluence de visiteurs moindre que lors d’un précédent concours de pêche et d’une exposition d’horticulture.

Le défilé du concours de gymnastique de 1913

Trente sociétés de gymnastique de Paris et sa banlieue se confrontent au gré d’épreuves obligatoires et facultatives de 8h30 à 16h30 sur le terrain à gauche de la mairie. Les spectateurs peuvent admirer les exercices : pyramides, mouvements d’ensemble, escrime, boxe, saut à la perche, etc. Sans oublier le cortège des athlètes qui part à 14h du Vieux Vaires pour défiler dans les avenues et les boulevards flambant neufs, sous l’œil des notables présidant la fête. L’univers sonore est assuré, comme lors des Fêtes du Drapeau, par les sociétés de tambours et de clairons. Suit la distribution des prix, issus de dons de la ville4 mais également de ceux de figures politiques comme le ministre de la Guerre avec la médaille d’argent pour la boxe ! Dès 19h30, un banquet mettant fin à cette journée est donné dans la nouvelle salle des fêtes établie sur un terrain derrière la mairie par les promoteurs Bernheim, à qui aura payé 5,50F5 pour dîner et écouter les discours solennels. Paul Algis, président de la commission d’organisation, y voit l’occasion de prononcer une allocution va-t-en-guerre où il cite l’adage « Si vis pacem, para bellum ». En clair : si tu veux la paix, prépare la guerre. Des mots qui trouvent une résonance particulière moins d’un an avant le début de la Grande Guerre.

Le concours de gymnastique du 10 août 1913

La fin

L'activité de la Société est suspendue pendant la guerre et reprend fin 1920 jusqu’à l’expropriation du terrain par la commune en 1929 pour agrandir le cimetière. L’activité cesse alors définitivement et les armes sont déposées à la mairie en septembre 1939 au début de la Seconde Guerre mondiale.


Nota

1 : La cotisation est de 4 F pour les hommes (~15 € de 2025 selon l'INSEE), 2 F pour les jeunes gens de 13 à 15 ans, 2 F minimum pour les dames et demoiselles. Total en 1914 : 514 F = ~1960€. 

2 : subvention de 40 F en 1914 = ~152 €

3 : Le 1er novembre 1913 il dispose de 4 fusils Lebel modèle 1886 modifié 1893 rendus à l’établissement prêteur lors de la mobilisation en août 1914. 

4 : don de 100 F (= ~381€). 

5 : soient environ 21€.

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