24 Sep
LA NAISSANCE DE LA CITÉ CHEMINOTE

Pourquoi une cité cheminote ? 

En 1918, le réseau constitué par la Compagnie des Chemins de fer de l’Est a triplé. Son développement conduit à l'embauche de centaines de cheminots. En conservant les installations du camp de permissionnaires au sortir de la guerre, la Compagnie jette les bases de la future gare de triage. Afin de loger son personnel, elle décide de construire une cité pavillonnaire à cheval sur les territoires de Vaires, Brou et Chelles. Au total, 827 logements seront proposés aux cheminots, conscients d'appartenir à une société dépassant les limites communales. Si aujourd'hui le quartier cheminot de Vaires forme une entité particulière détachée de la cité de Brou-Chelles, leur histoire est intimement liée.

Détail d'une vue aérienne de 1933 de l'IGN montrant notamment le triage, la cité de Brou, et le quartier cheminot vairois


La construction de la cité à Vaires 

Tout commence à Vaires avec l'acquisition en 1920 de 25 lots de terrains disponibles à l'extrémité ouest de la commune. L'achèvement du premier pavillon en 1921 amorce plusieurs années de travaux pour l'implantation de cette agglomération nouvelle qui occasionnera une augmentation remarquable de la population vairoise. La ville passe en effet de 1284 habitants en 1921 à 3434 cinq ans plus tard.

Une entente difficile 

La mairie doit développer rapidement les équipements publics et créer notamment de nouvelles classes pour les enfants de cheminots. Elle cherche en vain à obtenir une participation financière de la part de la Compagnie, laquelle réclame l'extension à sa cité de l'équipement existant dans le reste de la commune - comme l'installation de conduites d'eau potable ou de bouches à incendie par exemple. Les tensions entre la commune et la compagnie ne feront que s'accentuer avec la réalisation de la gare de triage annoncée en 1921. Mais l'impact économique n'est pas négligeable et ce projet étant déclaré d'utilité publique en 1924, l'opposition de la commune n'y fera rien. Dès lors, Vaires devient ville cheminote.

L'habitat cheminot vairois 

Le personnel de la compagnie - en famille ou non - est logé dans les quelques immeubles et la cinquantaine de pavillons dotés de 2, 4 ou encore 6 logements avec jardins, rue Henri Menier et au bout des rues Jules Ferry et Félix Faure. Si au départ le confort est rudimentaire (chauffage au charbon, absence de salle de bain, toilettes sèches partagées), il est progressivement amélioré au fil du temps. À la suite des bombardements de la gare de triage en 1944, plus de la moitié des habitations détruites sera reconstruite à partir de 1949.

À Brou et à Chelles 

Sur les territoires de Brou et de Chelles se forme au même moment qu'à Vaires une cité-jardin, inspirée de la cité cheminote axonaise de Tergnier. Au total, 120 000 m2 d'un seul tenant sont acquis dans les deux villes. Une première tranche de 15 pavillons, pour 50 logements, est entreprise à Brou le long de la RN 34. Les maisons sont livrées en 1925. 65 autres, soient 200 logements, sont construites immédiatement après autour de la place centrale. En 1926, un quart de la cité est déjà réalisé. 

Comme à Vaires, les constructions suivies d'emménagements rapides provoquent des difficultés pour la petite commune de Brou qui accueille la majeure partie de la cité cheminote. Les installations sont tout d'abord précaires : caves inondées l'hiver, puisards à vidanger en été au risque de relents, rues en mauvais état, etc. La troisième phase de construction se fait à Chelles, entre la Place Centrale et le Vieux-Chemin-de-Brou. 

Deux écoles sont aussi construites pour recevoir les enfants des cheminots : l'école Jean Jaurès en 1926 à Brou et l'école de la Villeneuve (devenue école Docteur Émile Roux) inaugurée en 1936 à Chelles. 

Petit à petit la vie s'organise et au fil du temps voient aussi le jour un économat, des douches, un stade, un café-cinéma...

L'aménagement de la cité comprend aussi la plantation d'arbres dans les rues (tilleuls) et dans les jardins (troènes, arbres fruitiers), ainsi que diverses autres plantes.


La Compagnie des chemins de fer de l’Est

Il s'agit d'une société anonyme ferroviaire créée en 1854 résultant de fusions entre plusieurs compagnies concessionnaires de lignes dans le Nord-Est de la France. Si la Compagnie perd une partie de son réseau après la guerre de 1870-1871, elle poursuit malgré tout son existence, jusqu’à la nationalisation des chemins de fer en 1937. La Compagnie des chemins de fer de l’Est se transforme alors en Société d’Investissement de l’Est, détentrice de 17,9% du capital de la Société Nationale des Chemins de fer Français et représentée au conseil d’administration de cette dernière.

Affiche de Meaux pour le Chemin de Fer de l'Est illustrée par Jean Hallo, 1935

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