
À l’instar de nombreuses communes d’Île-de-France, Vaires puise une partie de son identité architecturale dans l'emploi de la pierre meulière. Mise au goût du jour à la fin du XIXe siècle, la maison en meulière connaît son apogée dans les années 1930 et se démocratise au point de gagner toute la région parisienne.
De la roche aux meules
De quoi parle-t-on exactement? Formée sur au cours de l'Oligocène, il y a environ 30 millions d'années, la meulière est une roche sédimentaire composée de silice, de carbonate de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer. Dans les zones lacustres et marécageuses du Bassin parisien, certaines formations argileuses associées en Brie ou en Hurepoix sont plus récentes (Néogène ou Quaternaire ancien, entre -20 et -2,5 millions d'années environ).

À partir du XVIIIe siècle, au moment de la naissance de la géologie moderne et de la minéralogie scientifique, on appelle la pierre "silex meulier" - puis "silex molaire" au XIXe siècle - en raison de son utilisation, dès le Néolithique, pour la fabrication de meules à broyer le grain. Les usages de la meulière ne s'y limitent toutefois pas. Elle sert bien sûr de pierre à bâtir, mais aussi de pierre à chemin. Les silex meuliers existent en France dans trois bassins : celui de la Gironde, celui de la Loire et celui de la Seine, le plus important.
C'est l'un des nombreux gisements de la Brie, celui de la Ferté-sous-Jouarre qui, tant au point de vue de la qualité des pierres qu'au point de vue du développement industriel et commercial, a connu la plus grande renommée, grâce à la spécificité de sa pierre gris-bleu et au savoir-faire de ses meuliers.

Carte Guettard - Intensité des sites d’extraction de meules en meulière d’après la Carte minéralogique de presque toute la Brie et pays adjacents exécutée par le Sieur Dupain Truel ingénieur géologue du Roy, 1767
En 1789, cette industrie rurale compte près de 3000 ouvriers – surnommés « les mains bleues » en raison de la coloration de leurs mains. Les 20 000 meules produites annuellement sont expédiées dans le monde entier. Cette exportation à l'international existait depuis le XVIe siècle.
Les "mains-bleus", ouvriers de l'usine de La Ferté-sous-Jouarre
Vers 1900, le commerce des meules de pierre décline et la Ferté-sous-Jouarre se reconvertit dans la pierre de construction destinée à l’expansion de la banlieue parisienne et même à l’aménagement du métro.
Affiche promouvant l'usine de La Ferté-sous-Jouarre à la fin du XIXe siècle
Utilisation dans la construction
Avant son utilisation massive dans la construction de la seconde moitié du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle, ce matériau ancien est aussi employé dès que le bâti se fait en dur pour remplacer le bois et le torchis, en particulier dans les bâtiments villageois ou agricoles. On peut alors ramasser ou extraire la pierre dans les champs labourés ou en creusant le sol.
La loi du 21 avril 1810 fonde le droit minier moderne en France en séparant la propriété du sol de celle du sous-sol. Cette loi classe les substances minérales ou fossiles contenues dans la terre ou existant à la surface en trois catégories : mines, minières et carrières, les pierres à bâtir relevant de ces dernières. La meulière nécessite une pléiade de travailleurs – des carriers aux maçons. Il faut procéder notamment à l'extraction contraignante du sol par perforation et abattage à l’explosif, à la transformation en moellons, au transport sur les chantiers.
La pierre extraite en Seine-et-Marne peut être acheminée par bateau, ce qui est favorable à Vaires, qui dispose alors d'un petit port. Dès les premiers lotissements, la meulière permet aux bâtisseurs vairois de délaisser les enduits de plâtre ou de chaux et les moellons modestes qui étaient de mise dans le Vieux-Vaires, mais aussi de concevoir des architectures avec un matériau à la fois structurel et décoratif. Le matériau sert aussi bien pour des fondations que pour des murs de maison ou de clôture.
À Vaires, dans le quartier de la Fontaine par exemple, de nombreuses "meulières" sont construites avant 1925, mais le matériau est utilisé jusque dans les années 5O dans certaines maisons. Au moment de la Reconstruction notamment, divers pavillons ont été construits sur un socle en meulière ou avec un parement en meulière. La pierre est remplacée ensuite par le parpaing et le béton armé, plus économiques dès les années 1940-1950.

Villa en meulière du quartier de la Fontaine à Vaires
Un style ?
La meulière n’est pas à proprement parler un style et les architectes l'ayant utilisée ont pioché dans tous les registres. Décorative avec ses teintes ocrées et sa surface criblée de creux, dure, résistante et inaltérable (à l’eau et au gel), cette roche caverneuse permet de s'adapter aux différents courants : Art nouveau, régionalisme, etc. Elle se trouve également dans différentes typologies de construction : villas bourgeoises, petit habitat collectif, pavillons ouvriers, etc.

Maisons jumelées vairoises en meulière(habitat ouvrier)
La technique décorative du rocaillage, très en vogue au début du XXème siècle et consistant à former des joints colorés, décorés de petits cailloux entre les pierres brutes disposées irrégulièrement, apporte par ailleurs à bon nombre de maisons de meulière une touche unique.

Exemple de rocaillage sur une maison vairoise en meulière
Origines du mot
En latin, le mot molaris (dérivé de mola, la meule ou le moulin) signifie à la fois "qui sert à moudre", "meule de moulin", "pierre meulière", "grosse pierre" et, par analogie "molaire".
Le terme "meulier", en français, est à l'origine un adjectif, utilisé sous la forme "molier", au moins à partir du XIIIe siècle, pour désigner simplement « n'importe quelle pierre dont on fait des meules » (qu'il s'agisse de grès, de basalte ou de silice).
Par métonymie, le substantif "meulière" est employé au tournant des XIXe et XXe siècles pour désigner directement une maison bâtie avec ce matériau.