14 Jul
La meulière, un emblème de Vaires

À l’instar de nombreuses communes d’Île-de-France, Vaires puise une partie de son identité architecturale dans l'emploi de la pierre meulière. Mise au goût du jour à la fin du XIXe siècle, la maison en meulière connaît son apogée dans les années 1930 et se démocratise au point de gagner toute la région parisienne.

De la roche aux meules 

De quoi parle-t-on exactement? Formée à la fin de l’ère tertiaire et au début du quaternaire, entre –4 et –2 millions d’années, la meulière est une roche sédimentaire composée de silice, de carbonate de chaux, d’alumine et d’oxyde de fer. Il s'agit d'une variété de silex appelée au départ silex meulier ou silex molaire à cause de son utilisation pour la fabrication de meules à broyer le grain. La meulière a différents usages : la pierre à meules, la pierre à bâtir et la pierre à chemin. Les silex meuliers existent en France dans trois bassins : celui de la Gironde, celui de la Loire et celui de la Seine, le plus important. C'est le gisement de la Ferté-sous-Jouarre, dans la vallée de la Marne qui, tant au point de vue de la qualité des pierres qu'au point de vue du développement industriel et commercial, a connu la plus grande renommée, grâce à la spécificité de  sa  pierre  gris-bleu  et  au  savoir-faire  de  ses  meuliers.  En  1789,  cette  industrie  rurale  compte  près  de  3000  ouvriers  – surnommés « les mains bleues » en raison de la coloration de leurs mains. Les 20000 meules produites annuellement sont expédiées dans le monde entier. Cette exportation à l'international existait depuis le XVIe siècle. Vers 1900, le commerce des meules de pierre décline et la Ferté-sous-Jouarre se reconvertit dans la pierre de construction destinée à l’expansion de la banlieue parisienne et même à l’aménagement du métro.  



Utilisation dans la construction 

Avant son utilisation massive dans la construction de la seconde moitié du XIXe siècle à la première moitié du XXe siècle, ce matériau ancien est aussi employé dès que le bâti se fait en dur pour remplacer le bois et le torchis, en particulier dans les bâtiments villageois ou agricoles. On pouvait la ramasser dans les champs labourés ou en creusant le sol. En 1810, une loi classe  les  substances  minérales  ou  fossiles  contenues  dans  la  terre  ou  existant  à  la  surface  en  trois  catégories  :  mines, minières et carrières, les pierres à bâtir relevant de ces dernières. Cette pierre nécessite une pléiade de travailleurs – des carriers aux maçons. Il faut procéder notamment à l'extraction contraignante du sol par perforation et abattage à l’explosif, à la transformation en moellons, au transport sur les chantiers. La meulière extraite en Seine-et-Marne peut être acheminée par bateau, ce qui est favorable à Vaires, qui dispose alors d'un petit port. Dès les premiers lotissements, la meulière permet aux bâtisseurs vairois de délaisser les enduits de plâtre ou de chaux et les moellons modestes qui étaient de mise dans le Vieux-Vaires, mais aussi de concevoir des architectures avec un matériau à la fois structurel et décoratif. Le matériau sert aussi bien pour des fondations que pour des murs de maison ou de clôture. Dans le quartier de la Fontaine, de nombreuses "meulières" sont construites avant 1925, mais certaines maisons utilisent le matériau jusque dans les années 1950.  Au moment de la Reconstruction notamment, divers pavillons ont été construits sur un socle en meulière ou avec un parement en meulière. La pierre est remplacée ensuite par le parpaing et le béton armé, plus économiques dès les années 1940-1950. 

Un style ou un matériau?

La meulière n’est donc pas à proprement parler un style et les architectes l'ayant utilisée ont pioché dans tous les registres. Décorative avec ses teintes ocrées et sa surface criblée de creux, dure, résistante et inaltérable (à l’eau et au gel), cette roche caverneuse permet de s'adapter aux différents courants. La technique décorative du rocaillage, très en vogue au début du XX  ème  siècle  et consistant  à  former  des  joints  colorés,  décorés  de  petits  cailloux  entre  les  pierres  brutes disposées irrégulièrement, apporte par ailleurs à bon nombre de maisons de meulière une touche unique. 


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