Édifiée entre 1922 et 1924, puis en 1934 pour ce qui est de son clocher, Sainte-Jeanne-d’Arc est l’église votive voulue par l’évêque de Meaux, Monseigneur Emmanuel Marbeau, aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Sa conception survient dans un contexte national de regain du religieux et permet de pourvoir localement aux besoins d’une paroisse en plein essor.
L’abandon de l’église Sainte-Agathe
L’expansion urbaine de Vaires au début du XXe siècle, avec la projection de quatre lotissements par la société immobilière Bernheim de 1908 à 1923, a pour conséquences un remodelage complet de la ville et une population toujours croissante malgré le cataclysme démographique de la Grande Guerre.

Publicité de 1923 pour le lotissement de Vaires
De plus, avec la fin du conflit est vite projetée une ambitieuse gare de triage à l’emplacement d’un ancien camp de permissionnaires, pour laquelle il faut prévoir la venue de nombreux cheminots et de leurs familles. La situation et les dimensions plus que modestes de l’église Sainte-Agathe la rendent donc rapidement obsolète, sans compter son état de grande vétusté. Il apparaît ainsi nécessaire de doter la ville d’une nouvelle église. La guerre de 14-18, au cours de laquelle le lien entre patriotisme et foi se voit renforcé, donne en outre lieu à une réaffirmation des croyances et une réappropriation des traditions religieuses. L’époque est donc propice à l’élévation d’édifices sacrés inscrits dans ce renouveau.
Un nouveau curé pour une paroisse grandissante
C’est dans ce contexte qu’un curé, l’abbé Pierre Pègues, est nommé le 28 mars 1920 à Vaires par l’évêque de Meaux, Monseigneur Emmanuel Marbeau, afin de se consacrer tout à la paroisse, dont le service était jusqu’alors assuré par le curé de Torcy, l’abbé Canu. Au cours de la cérémonie d’installation de l’abbé Pègues, le chanoine Bizord, supérieur du Petit séminaire de Meaux, annonce l’établissement prochain d’une nouvelle église apte à recevoir les nombreux fidèles de la paroisse. Ce projet n’est autre que celui conçu par Monseigneur Marbeau, lequel a décidé et préparé l’édification de l’église cette même année, au terme du procès en canonisation de Jeanne d’Arc, béatifiée depuis 1909. Il écrit en effet une lettre au clergé et aux fidèles au 10e anniversaire de son épiscopat, le 3 mai 1920, où il annonce que le diocèse comptera « une église érigée sous le vocable de Sainte Jeanne d’Arc, […] celle de la paroisse de Vaires ».
Cela fera d’elle la première église édifiée dans le diocèse de Meaux après la Première Guerre mondiale. Monseigneur Marbeau souhaite la réalisation d’un « ex voto de reconnaissance dont le Diocèse fut favorisé » pendant la Grande Guerre, à ses dires davantage épargné que des diocèses voisins, et pour le salut de la capitale. La figure de Jeanne d’Arc vue comme libératrice de la France ferait ainsi de l’église projetée à Vaires « une sentinelle avancée sur la frontière de Seine-et-Marne la plus proche de Paris ». Ce qui n’est pas sans rappeler le combat victorieux de Jeanne d’Arc livré en 1430 contre Franquet d’Arras, évoqué par l’évêque dans différentes lettres aux fidèles, ainsi que par le chanoine Bizord lors de l’installation de l’abbé Pègues : « Il est permis de placer sur votre territoire, ou du moins à peu de distance, une des dernières victoires de l’héroïne, dite la bataille de Lagny ».
L’acquisition du terrain, le financement et la construction de l’église
Depuis la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, la construction des édifices religieux ne peut plus être financée par l’État. Les fonds de la construction de Sainte-Jeanne-d’Arc – tout comme ceux destinés à l’achat du terrain – proviennent donc de différents dons : de fidèles du diocèse tout entier mais également de bienfaiteurs parisiens, reconnaissants envers l’œuvre d’Emmanuel Marbeau, et de compagnies ou sociétés comme celle des Bernheim (ces derniers donneront 5000 F fin décembre 1922).
Monseigneur Marbeau, ayant particulièrement à cœur l’accomplissement de son vœu, organise une quête dans son diocèse à l’occasion de la solennité de Sainte Jeanne d’Arc, également fête du patriotisme, le 8 mai 1921. Dans une lettre datée du vendredi 25 avril, destinée à être lue dans toutes les églises et chapelles du diocèse le dimanche suivant ainsi que le 8 mai, il suggère notamment que les paroissiens du diocèse et autour ayant le culte de la sainte lui offrent une obole afin d’ériger cet ex voto, en témoignage de leur « piété charitable et patriotique ». La même année, à l’occasion de son jubilé sacerdotal, l’évêque redirige même les présents reçus vers le projet de construction de l’église de Vaires. Il fournira à lui seul 36304 F pour l’achat du terrain de l’église et la constitution de la société civile garantissant le fonctionnement de la communauté religieuse.
Peu de temps avant sa mort – survenue le 31 mai 1921 – Monseigneur Emmanuel Marbeau charge son frère, Édouard, d’assurer la réalisation du projet par le groupement de ressources ayant cette destination et de les remettre à l’autorité supérieure ecclésiastique de qui dépendrait la décision d’exécution du programme.
Édouard Marbeau à lui seul aura recueilli, de 1920 à mars 1922, 79249 F qu’il souhaite affecter à la construction. Il récupèrera par ailleurs 26000 F qui proviennent d’un versement de Monseigneur Marbeau à un notaire de Torcy, Maître Bodin, afin de réserver des parcelles appartenant à ce dernier rue de Noisiel (l’actuelle rue Alphonse Manceau), faute de mieux. L’évêque souhaitait ainsi rassurer les fidèles, mais le terrain ne sera finalement pas retenu, car trop éloigné du centre-ville, et la somme sera réaffectée plus tard à l’acquisition d’un autre terrain. Fin avril 1922, Édouard Marbeau recevra également un autre don de 75000 F dont il s’empressera d’aviser Monseigneur Louis-Joseph Gaillard, le successeur de Monseigneur Marbeau.
Fin 1921, l’abbé Pègues s’inquiète de l’absence d’avancement du projet et craint de voir disparaître les terrains les plus indiqués à l’emplacement de la future église afin qu’elle soit centrale. Plusieurs parcelles sont en effet en vue mais aucune n’est encore définitivement arrêtée. Le choix du terrain donne lieu à divers échanges entre la paroisse de Vaires et l’évêché. Dans une lettre à l’évêque datée du 12 janvier 1922, alors que le bruit court qu’un emplacement peu central vient d’être choisi pour la future église, l’abbé signale trois terrains susceptibles de satisfaire davantage ses paroissiens : l’un boulevard de Lorraine, un autre avenue de Paris (l’actuelle avenue Jean Jaurès) à l’angle de la rue de Noisiel, puis le dernier rue de Chelles. Le même jour, plusieurs Vairois écrivent également à l’évêque afin de lui demander d’ériger l’église non loin de la gare.
Une fois le terrain définitivement acquis et un comité dédié à la construction de l’église créé, l’évêque peut se rendre à Vaires, le 8 octobre 1922, afin de bénir la première pierre de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc, dont le chantier ne débutera réellement que le 20 mars 1923.

Carte distribuée en souvenir de la pose de la première pierre de l’église. On y voit la fresque projetée par Albert Guilbert, qui ne sera jamais réalisée.
L’ingénieur et entrepreneur parisien Georges Vinant est en charge des travaux sur les plans d’Albert Guilbert, architecte en chef des bâtiments civils et nationaux, qui suit de près le chantier.

Plan établi par l'architecte Albert Guilbert
C’est auprès de la société immobilière Bernheim qu’ont été acquis les 5 lots qui constituent le terrain où l’on construit l’église mais également le pavillon abritant une salle paroissiale et le presbytère où sera logé l’abbé Pègues, lequel l’achète de ses propres deniers.



Pavillon de l’abbé Pègues (dessins d’Albert Guilbert)
Reconnaissance de Jeanne d’Arc par l’Église catholique et par les Institutions - Quelques dates clés :
1869 : Monseigneur Félix Dupanloup, évêque d’Orléans, lance les premières démarches d’un processus de canonisation. 1894 : l’Église déclare Jeanne « vénérable », statut nécessaire à l’ouverture du procès en béatification. 1897 : ouverture du procès en béatification.
18 avril 1909 : béatification de Jeanne d’Arc par le Pape Pie X. Une fête liturgique de Jeanne d’Arc (solennité) est dès lors fixée au 6e dimanche après Pâques.
16 mai 1920 : canonisation de Jeanne d’Arc par le pape Benoît XV - véritable point de départ de la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.
10 juillet 1920 : une loi institue la « Fête Jeanne d’Arc, fête du patriotisme », le deuxième dimanche de mai. À la suite de cela, la solennité de Jeanne d’Arc est également transférée le 2e dimanche de mai, en souvenir de la libération d’Orléans du 8 mai 1429.
1922 : déclaration par le pape Pie XII de Jeanne d’Arc comme patronne secondaire de la France.